Peu de choses comblent autant un voyageur amoureux des côtes que le sentiment de découverte qu’il peut éprouver dans la comarque biscayenne d’Uribe. Cet itinéraire laisse libre cours à l’envie de se perdre sur le littoral le plus méconnu de la corniche cantabrique, tout en complétant l’excursion à l’ermitage de San Juan de Gaztelugatxe.
Bakio
Nous commençons le parcours à Bakio, à l’ermitage roman de San Pelayo, qui conserve sa tour d’origine (datée du XIIe siècle). Puis, depuis le belvédère d’Askada, nous laisserons notre regard se poser sur la plage de Bakio et sur la sculpture-girouette métallique qui la domine, très animée au coucher du soleil. Un observateur perspicace devinera, dans les courbes des rampes des escaliers qui mènent à la plage, le mot Bakio lu à vol d’oiseau.
Nous sommes dans une vallée agricole aux températures méditerranéennes où poussent orangers et citronniers. Le pouls œnologique se prend au Txakolingunea, ou musée du txakoli, qui abrite aussi l’office de tourisme de Bakio. Une promenade dans ses salles dévoile les secrets de ce vin jeune qui se marie si bien avec le poisson. La visite se termine par une dégustation.
Doniene Gorrondona est l’une des quatre caves de Bakio sous l’appellation d’origine Txakoli de Biscaye. Pionnière de la fermentation en barrique, elle distille dans des alambics en cuivre des eaux-de-vie de marc blanc, aux herbes et aux algues. La visite va du parcours avec dégustation au menu accord mets-vins commenté.
San Miguel de Zumetxaga
En quittant Bakio, nous ignorons l’embranchement vers Armintza et continuons cent mètres en direction de Mungia pour prendre la route très pentue qui monte vers l’ermitage de San Miguel de Zumetxaga, modèle du roman rural.
Du parcours à pied le long de la côte que María Belmonte a relaté dans Los senderos del mar (éditions Acantilado), ce lieu « entouré de châtaigniers et de chênes centenaires sur le versant est du mont Jata » a retenu son attention. L’écrivaine a découvert sur l’un de ses chapiteaux l’Homme vert, des lèvres duquel jaillissent des feuilles de chêne : « Représentation païenne du monde végétal d’origine celte, si abondante dans les églises de tout l’arc atlantique européen ». Ne manquez pas la fenêtre absidiale de l’ermitage.
Si l’on veut profiter de ces 259 mètres d’altitude, on peut rejoindre le sentier GR-280 qui, en 40 minutes de marche, mène au sommet du mont Jata (598 mètres d’altitude), le point le plus haut au plus près de la mer au Pays basque.
Ce n’est pas tout. Près de San Miguel de Zumetxaga se cache un restaurant de charme qui fut autrefois une forge (à partir de 1650) puis un moulin (1850), que les clients peuvent voir fonctionner. Au Zintziri Errota, la tradition prime avec des touches innovantes, notamment le riz au beurre de champignons et parmesan, et son menu dégustation (57 euros, vins non compris). Pour ceux qui veulent goûter à l’hospitalité basque, l’hôtel Joshe Mari est tout proche.
Le mont Jata
Sur la route d’Armintza, l’esplanade du kilomètre 41 marque le belvédère tourné vers Bakio et le rocher de San Juan de Gaztelugatxe, la seule silhouette familière et accueillante que l’on verra à l’horizon. Nous reprenons la route sur 150 mètres et tournons pour monter en voiture jusqu’à l’aire de loisirs du mont Jata, où nous attend un panorama sur la côte dans toute la splendeur de sa nature.
Rares sont les routes aussi solitaires que la BI-3151, fréquentée par de nombreux motards et quelques cyclistes. Tout cela accentue les traits de la forêt basque d’eucalyptus et de fougères, avec ce vert intense, essentiel, et le plaisir de conduire en solitaire.
Lemoiz
Une fois à Lemoiz (Lemóniz en castillan), nous apercevrons brièvement le réservoir d’Urbieta, lieu de repos des oiseaux marins, avant de monter vers l’esplanade où nous retrouvons la mer Cantabrique tout en ressentant le souffle glacé de l’histoire. Tout invite à la réflexion face à la masse fantomatique de la centrale nucléaire de Lemóniz, abandonnée en 1982 — après l’assassinat de cinq employés par l’ETA entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt — et qui n’est jamais entrée en service. Ici ont été enfouis 200 000 mètres cubes de béton armé et mille milliards d’anciennes pesetas ; son avenir passe par une reconversion en pisciculture. Le réservoir voisin n’était autre que la réserve de sécurité de la centrale.
Armintza
Personne ne passe par hasard à Armintza : on vient exprès dans ce quartier de pêcheurs qui cache un petit port qui a tout d’un jouet. Avant de contempler l’ancienne conserverie de marinades, nous marcherons une dizaine de minutes jusqu’à la croix de Gaztelumendi, un belvédère que, pour des raisons inexplicables, beaucoup de voyageurs ignorent. Un calvaire qui rend hommage aux noyés en haute mer, avec une vue somptueuse sur les montagnes et sur la jetée en forme de boomerang.
Le port, niché entre des versants verdoyants, gagné sur la mer et à l’entrée difficile pour les embarcations — il reste quatre txalupas professionnelles, de pêche à l’hameçon —, fait le bonheur des promeneurs. Et qui dit promeneurs et pêcheurs à la ligne dit plongeurs quand le temps se calme. Le bodyboard attire aussi par mer agitée, grâce à la vague de La Central, et dans la crique de galets d’Armintza, des escaliers descendent vers un recoin naturiste.
Les escalopes pantagruéliques préparées au Begotxu sont étonnantes ; sa liste d’attente de deux mois fait plutôt penser à un restaurant étoilé Michelin. Autre option : le menu à 27,50 euros du restaurant Noray. (Source : El País)
